Lettre d’une détenue dans le centre fermé de Bruges : “Je veux informer d’autres personnes dans une situation similaire”
Malgré mon intérêt croissant pour cette discipline, j’ai dû attendre jusqu’à ma troisième année d’optométrie pour m’inscrire en imagerie médicale, après avoir acquis 123 crédits sur 180. En 2023-2024, j’ai entamé mes études en imagerie médicale au sein du même établissement, ayant enfin trouvé ma vocation. Toutefois, l’Office des étrangers a refusé de renouveler mon visa étudiant.
Face à cette situation, j’ai sollicité l’aide d’un avocat qui a entrepris les démarches nécessaires, incluant divers recours. Pendant cette période de contentieux, j’ai été inscrite pour 60 crédits, que j’ai validés avec succès. J’ai alors commencé ma deuxième année en imagerie médicale, validant tous mes examens de janvier en vue de la préparation des stages à la mi-mars 2025.
Mon compagnon et moi avions projeté de cohabiter légalement. Nous sommes allés à la commune le 23 janvier pour nous inscrire ensemble dans son nouvel appartement. Le samedi 25 janvier, aux alentours de 16h, alors que j’étais seule à l’appartement, deux dames de la police sont intervenues. Elles ont saisi mon passeport et m’ont demandé de les suivre au poste de police. Malgré mes explications concernant les recours en cours, ils ont affirmé devoir vérifier ma situation avec l’Office des étrangers avant de pouvoir me libérer.
Menottée et emmenée au poste, j’ai été interrogée puis placée en cellule. Aux environs de 23h, un agent de police m’a informée que je devais être rapatriée en Côte d’Ivoire. Le 26 janvier, j’ai été transférée au centre fermé de Bruges. Aujourd’hui, le 6 mars 2025, je suis toujours détenue. J’ai ainsi perdu plus d’un mois de cours et des examens.
Mon avocat fait tout son possible pour me sortir de cette situation, mais ce n’est pas simple. J’essaie de garder le moral pour moi-même et ma famille, mais ce n’est pas facile. Mon année scolaire est compromise, et mon avenir semble encore plus incertain. J’ai ressenti le besoin de partager mon histoire et mon parcours, dans l’espoir de recevoir de l’aide, mais aussi d’informer d’autres personnes vivant des situations similaires.
Vous n’êtes pas seuls, et je continuerai à mener ce combat jusqu’à ma libération, pour moi-même et pour d’autres étudiants qui pourraient se retrouver dans la même situation. »
Le cas de X est représentatif d’une situation impactant de nombreuses personnes. En effet, les conditions d’inscription pour les étudiant·es venant de pays en dehors de l’Union européenne ont été considérablement durcies ces dernières années. Pour venir étudier en Belgique, un·e étudiant·e est dans l’obligation soit de disposer d’une somme très conséquente sur un compte en banque, soit de déclarer une personne garante. En 2020, les garant·es devaient disposer d’un revenu d’à peu près 1900 euros. Depuis le 1er janvier 2023, le montant minimum est passé à 2.797 euros nets par mois, un revenu dont une grande partie de la population ne dispose pas. À cela s’ajoute l’effet de rétroactivité de cette nouvelle mesure : un·e étudiant·e qui est arrivée en Belgique sous l’ancienne réglementation se voit concerné·e par les changements et risque de devoir interrompre son parcours scolaire en cours d’année.
Ces mesures récentes ont plongé dans une grande précarité de séjour des centaines d’étudiant·es en Belgique.
Un collectif s’était alors constitué pour dénoncer ces nouvelles mesures et tisser des réseaux de solidarité entre étudiant·es concerné·es, la “PLADE” (Plateforme de Lutte pour l’Amélioration des Droits des Étudiants Étrangers1).
Solidarité avec X, avec tou·tes les étudiant·es étranger·es, ainsi qu’avec toutes les personnes en migration précarisées par des politiques de plus en plus en plus restrictives et discriminatoires.
#Liberté pour toustes !
1 https://www.mag-ma.org/societe/la-plade-la-sauveuse-des-etudiantmes-etrangersmeres/
Podcast femmes en exil Lance-Pierre https://www.gettingthevoiceout.org/podcast-3-femmes-en-exil-et-enfermement/
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