Une année de lutte pour le respect du droit, en Belgique comme dans le monde
L’année 2026 commence bien mal pour le droit international : les États-Unis viennent de le faire voler en éclats avec l’agression du Venezuela, au motif de leurs intérêts économiques. Ce n’est certes pas nouveau quand on connaît leur politique en Amérique Latine au siècle dernier. Et pour quiconque entretenait encore l’espoir, opiniâtre ou naïf, qu’une violation aussi flagrante et assumée du droit international n’était plus possible aujourd’hui, que l’invasion russe contre l’Ukraine devait rester une exception, cette agression sonne comme un douloureux réveil. Le signal envoyé à tous les dirigeants prédateurs de la planète, de la Russie à la Chine, en passant par Israël, est absolument désastreux.
L’attaque contre le Venezuela et l’enlèvement de son président portent atteinte à toute l’architecture du droit international et des droits humains construite depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle consacre la loi du plus fort. Et le fait qu’il s’agisse d’un gouvernement autoritaire qui viole les droits humains n’y change rien. La position de la Belgique relève d’un compromis tiède, qui se borne à appeler au respect du droit international. Là encore, rien de très surprenant et sans doute une nouvelle illustration de l’intérêt sélectif du gouvernement actuel pour le droit international.
Dans son rapport annuel à paraître à la mi-janvier, L’Etat des droits humains en Belgique, la LDH revient sur l’attitude ambiguë de la Belgique à l’égard du droit international. Pour rappel, le Premier ministre avait annoncé son intention de ne pas exécuter le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale contre Benyamin Netanyahou et avait cosigné une lettre appelant à s’affranchir des décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme en matière migratoire. Ce rapport souligne aussi l’affaiblissement inquiétant des contre-pouvoirs en Belgique : sous-financement de l’institution judiciaire et non-respect des décisions de justice, attaques contre des journalistes et concentration des médias, attaques contre le secteur associatif et suppression de financements.
Dans ce contexte, il revient à une organisation comme la LDH de défendre le cadre du droit. Mais il faut bien reconnaître que ça ne suffit plus. Il devient crucial de mobiliser une part plus grande de la population et de renforcer nos alliances. Il nous revient de proposer un imaginaire désirable, de ne pas nous replier dans une posture défensive mais d’opposer une vision de société à laquelle nous aspirons. Une société faite de sécurité sociale, de libertés publiques, de liberté de circulation, de respect de la vie privée et de protection des données, de transition énergétique juste. De montrer qu’il ne s’agit pas d’utopies dissolubles dans les contraintes du réel mais de choix politiques que nous pouvons mettre en œuvre pour construire la société dans laquelle nous voulons vivre.
Toute la LDH vous souhaite une très belle année, créative et combative.
Pierre-Arnaud Perrouty,
Directeur de la Ligue des droits humains
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