Collaboration de l’État belge avec l’Afghanistan pour des expulsions
11 février 2026
Relai du communiqué du Collectif de Réfugié·es Afghan·es
Au cours du mois de janvier 2026 dernier, le directeur de l’Office des étrangers, Freddy Roosemont, s’est rendu à Kaboul1 pour négocier le retour forcé de personnes ressortissantes d’Afghanistan à qui la Belgique refuse de délivrer un titre de séjour.
Cette « mission » s’est effectuée sous l’orchestration de la Commission européenne. En effet, précédemment (en octobre 2025), la ministre de l’asile et de la migration, Anneleen Van Bossuyt, avait mené une initiative de lettre adressée à la Commission européenne encourageant à mettre en place une politique de « retour » visant les personnes de nationalité afghane2. L’État belge occupe donc une place déterminante dans cette entreprise européenne, puisque l’impulsion vient de la Belgique. 19 autres États européens se sont ensuite joints à cette lettre : sans grand étonnement, on retrouve une majorité de gouvernements gagnés par l’extrême-droite.
Cela fait maintenant quelques années, depuis le retour au pouvoir des Talibans en 2021, que les expulsions vers l’Afghanistan n’ont plus eu lieu au départ de la Belgique. Selon la ministre Van Bossuyt, La collaboration avec le régime taliban serait une collaboration « purement technique», et le plus important serait de « protéger la sécurité de nos citoyens, et pour ça le retour à l’Afghanistan est absolument nécessaire»3.
On retrouve le discours criminalisant à l’œuvre, dirigé vers les personnes que l’État prive de titre de séjour. Ces discours sont brandis comme argument pour légitimer des choix politiques qui, dans un autre contexte, pourraient être perçus comme inconcevables par l’opinion publique. La détention et l’expulsion au nom de la sécurité est un mensonge. Ce sont les conditions de vies déshumanisantes et ultra précaires dans lesquelles sont placées les personnes qui génèrent « de l’insécurité » (en premier lieu pour ces personnes elles-mêmes). Et pourtant, Van Bossuyt va même jusqu’à prétendre hypocritement que cette politique serait menée « avant tout dans leur propre intérêt»4.
L’urgence d’agir face à un supposé problème est également une fiction. Van Bossuyt rapporte qu’on dénombrerait actuellement 2 635 personnes d’origine afghane dans des centres d’accueil : cela ne représente pourtant environ que 0,02% de la population totale belge. Comme c’est devenu courant dans les discours d’extrême–droite, les personnes sont transformées en chiffres, et ces chiffres sont manipulés pour générer de la peur.
En permettant les expulsions vers l’Afghanistan, la Belgique expose des personnes à de graves dangers, en plus de déchirer des familles. Nous partageons ici le communiqué de presse du Collectif des Réfugié·es Afghan·es, qui dénonce cette politique d’expulsion et la normalisation des relations diplomatiques avec le régime au pouvoir. Nous nous joignons à leurs revendications.
NON AUX EXPULSIONS
VERS L’AFGHANISTAN ET VERS PARTOUT AILLEURS
Le Collectif des Réfugiés Afghan.es, la communauté Afghane de Belgique, dénoncent avec la plus grande fermeté, la position du secrétaire d’État belge à l’Asile et à laMigration, soutenue sans réserve par l’ensemble des partis de la coalition dite « Arizona», visant à organiser ou à légitimer l’expulsion de ressortissants afghans vers leur paysd’origine, mais aussi à normaliser les relations diplomatiques avec le régime au pouvoir.Cette orientation politique constitue une faute morale grave, un reniement des
engagements internationaux de la Belgique et une attaque frontale contre les principesles plus élémentaires de protection des droits humains.
L’Afghanistan n’est pas un « pays sûr ». C’est une réalité que nul responsable politiquene peut ignorer. Depuis la prise de pouvoir des talibans, le pays est plongé dans unrégime de terreur marqué par des violations systématiques des droits fondamentaux :exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, mariages forcés, persécutionspolitiques, répression des minorités ethniques et religieuses, mais aussi des hommesayant travaillé aux côtés des soldats étrangers, des soldats de l’armée nationale, dessoldats de l’OTAN et des Américains, des travailleurs et travailleuses d’organisations,des journalistes nationaux et internationaux, ainsi que l’anéantissement méthodique desdroits des femmes et des filles, exclues de l’espace public, de l’éducation et du travail. Àcela s’ajoute une crise humanitaire catastrophique, marquée par la pauvreté extrême,l’insécurité alimentaire et l’absence totale de protection juridique. Dans ce contexte,expulser des personnes afghanes revient à les exposer sciemment à des risques graves,voire mortels. Il s’agit d’une violation manifeste du principe de non-refoulement, pierreangulaire du droit d’asile et inscrit dans la Convention de Genève, la Conventioneuropéenne des droits de l’homme et de nombreux autres textes que la Belgique alibrement ratifiés. En prétendant respecter le droit tout en organisant ces expulsions, legouvernement fait preuve d’une hypocrisie révoltante.
Cette responsabilité ne saurait être diluée. En soutenant cette politique, les partis de lacoalition Arizona assument collectivement le choix de sacrifier des vies humaines surl’autel du calcul politique, de la surenchère sécuritaire et de la stigmatisation despersonnes migrantes. Ils contribuent à banaliser un discours déshumanisant quitransforme des femmes, des hommes et des enfants en de simples « dossiers » ou en variables d’ajustement électoral.
Nous refusons cette politique honteuse de la Belgique, connue dans l’histoire actuelle. Nous refusons que la Belgique, qui prétend défendre les droits humains sur la scène internationale, devienne complice de persécutions en renvoyant des personnes vers unrégime qui les opprime. Nous refusons que le droit d’asile soit vidé de sa substance aunom d’une logique de fermeture, de peur et d’exclusion.
Nous exigeons l’arrêt immédiat de toute expulsion vers l’Afghanistan, la reconnaissancepleine et entière de la situation de danger dans laquelle se trouvent les ressortissantsAfghan.es , ainsi qu’une politique d’asile fondée sur la protection, la dignité et lasolidarité. Nous appelons la société civile, les associations, les syndicats et l’ensemble desforces progressistes à se mobiliser contre ces décisions injustes et inhumaines.
En effet, renvoyer en Afghanistan aujourd’hui, c’est condamner.
Collectif des Réfugié·es Afghan·e·s, La Coordination des sans-papiers de Belgique.
Sources :
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