Déportations en masse de ressortissant·es marocain·es en 2024 et 2025
En 2024 et 2025, à travers les contacts avec des personnes détenues, nous avons observé une augmentation du nombre d’arrestations et d’emprisonnements dans les centres fermés de personnes de nationalité marocaine en vue de leur déportations vers leur pays supposé « d’origine » : le Maroc.
Un lourd bilan
Plusieurs vols dits « collectifs », c’est-à-dire des vols non-commerciaux et privés, ont été organisés par la Belgique vers le Maroc en 2024 et 2025. D’après les informations dont on dispose, il devait y avoir 10 à 20 personnes expulsées dans chaque vol. Des expulsions par des vols commerciaux « réguliers » ont également eu lieu, organisées par l’Office des étrangers en collaboration avec la compagnie aérienne Royal Air Maroc.
Il est systématique pour l’Office des étrangers d’associer les raisons de ces expulsions à une criminalisation des personnes sans-papiers. On peut ainsi lire dans un article de European Migration Network :
«La migration constitue l’un des volets de l’accord [visant à renforcer la coopération entre la Belgique et le Maroc], avec des mesures visant à fluidifier les procédures de réadmission des migrants en situation irrégulière ayant fait l’objet d’une condamnation pénale. En 2025, selon les statistiques de l’Office des étrangers, les ressortissants marocains représentaient le plus grand groupe de migrants renvoyés depuis les prisons belges. »1
L’Office des étrangers note fièrement leur chiffres des déportations de la Belgique vers le Maroc, qu’on peut retrouver dans différents rapports2.
- En 2024 : 263 retours forcés vers le Maroc à partir des centres fermés, 845 autres à partir des prisons, ainsi que 98 refoulements à leur arrivée aux frontières de la Belgique.
- En 2025 : 358 retours forcés vers le Maroc à partir des centres fermés, 873 autres à partir des prisons, ainsi que 78 refoulement à leur arrivée aux frontières de la Belgique.
La semaine passée encore, nous apprenions qu’avait eu lieu un nouvel vol collectif avec une dizaine de personnes de nationalité marocaine à bord.
Derrière les chiffres, des réalités humaines
Parmi ces personnes on retrouve un certain nombre de jeunes, parfois très jeunes, arrêté·es sur leur lieu travail, dans les espaces publics ou lors de rafles organisées par la police fédérale autour des gares. Beaucoup vivaient dans la rue ou dans des lieux squattés, dans une précarité importante, après avoir fui ou quitté leur pays pour des raisons diverses, qui leur appartiennent.
Et puis, comme c’est le souvent le cas parmi les personnes aux parcours de vie marqués par l’exil et le racisme, beaucoup parmi elles sont psychologiquement vulnérables et auraient besoin d’un accompagnement et de soins adaptés. Au contraire, ces personnes se retrouvent enfermées sans accès aux soins, parfois durant des mois, pour finalement être expulsées.
Parmi la diversité de parcours et d’expériences de vie, d’autres personnes encore se sont retrouvées détenues en centre fermé suite à une condamnation pénale. Le plus souvent, ces personnes vivent et sont installées en Belgique depuis des années : elles ont leurs ancrages ici, parfois une famille, parfois des enfants. Concernant les liens entre prisons et centres fermés, les imbrications entre le système pénal et le « système-frontière » (entendu au sens de mécanismes racistes et classistes de tri et d’exclusion) ont déjà plusieurs fois été mises en avant dans de précédentes publications3.
La réalité des expulsions
En 2024, nous avions récolté plusieurs témoignages de ces expulsions, dont certaines ont été exécutées avec une grande violence4.
Des personnes avaient, par exemple, témoigné du vol du 18 juin 2024 AT-833 de Bruxelles à Casablanca, en le décrivant comme « terrifiant » : il y avait au total cinq détenu·es ligoté·es (deux femmes et trois hommes), « accompagné·es » de 28 policier·ères en civil (les « escortes »). Plusieurs manifestations de violences décrites (coups, étranglements, administration de substance, …) donnent effectivement froid dans le dos.
En 2025, nous savons qu’il y a eu plusieurs expulsions individuelles forcées par vol régulier et par vols collectifs (au moins 5 vols collectifs transportant à chaque fois une dizaine de personnes). Nous n’avons cependant pas eu l’occasion de récolter des témoignages de ces expulsions, tant celles-ci sont nombreuses et devenues presque banalisées par les détenu·es concerné·es et par leurs co-détenu·es.
Belgique-Maroc : des accords récents entre les deux États
Si ces expulsions sont devenues aussi fréquentes, c’est suite à des accords scellés entre la Belgique et le Maroc.
En avril 2024, on apprenait que : «Une importante délégation du gouvernement fédéral, accompagnée de hauts gradés de la police et de hauts responsables de l’administration, mène une mission au Maroc. La lutte contre l’immigration irrégulière et la politique de retour font partie des questions prioritaires discutées avec les autorités marocaines.»5
Et en octobre 2025, le ministre des affaires étrangères, Maxime Prévot, a signé un accord pour renforcer la coopération entre la Belgique et le Maroc. On comprend aussi que, derrières ces accords, il y a des enjeux économiques. Sans que ce soit réellement précisé, on peut lire :
« La rencontre a également mis en lumière le potentiel économique considérable du partenariat belgo-marocain. Les deux ministres ont convenu de renforcer la coopération dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les infrastructures, la construction et la logistique portuaire. La Belgique a salué l’engagement du Maroc à faciliter l’intégration des acteurs économiques belges dans son écosystème d’affaires, tandis que les deux pays ont souligné leur ambition commune de créer de nouvelles opportunités d’investissement et d’innovation. »6
On vous invite à prévenir vos connaissances concernées de ces déportations en masse !
Il est aussi possible d’écrire à l’ambassade du Maroc pour contester ces accords, à cette adresse : consulatmarocbruxelles@maec.gov.ma
Nous rejetons fermement ces accords de retours, qui semblent associés à de sombres échanges économiques et politiques.
Nous refusons ces expulsions systématiques de personnes qui ne demandent qu’à vivre en paix et dignement, dans le pays de leur choix !
Non à la criminalisation des personnes sans-papiers !
À bas les États et leurs accords politiques !
Papiers pour toustes !
Liberté !
2 https://dofi.ibz.be/sites/default/files/2025-04/STAT_Verwijderingen-Eloignements_FR_2017-2024.pdf
https://dofi.ibz.be/sites/default/files/2026-01/STAT_Verwijderingen_Eloignements_FR_2025-11.pdf
https://www.myria.be/fr/publications/le-recours-a-des-moyens-de-contrainte-elargis-dans-le-cadre-de-la-politique-de-retour
3 https://www.gettingthevoiceout.org/double-peine-ou-bannissement-methode-particuliere-de-racisme/
https://www.radiopanik.org/emissions/emissions-speciales/4-de-la-prison-au-centre-ferme-la-double-peine/
4 https://www.gettingthevoiceout.org/nouvelle-deportation-collective-vers-le-maroc-ce-17-decembre-2024/
https://www.gettingthevoiceout.org/deportations-en-masse-de-personnes-dorigine-marocaine/
https://www.gettingthevoiceout.org/16876-2/
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