 Depuis plusieurs années Calais pourrait détenir le titre de la ville la plus enrochée de fRance. On n’en a pas la preuve mais on est prêt.e.s à parier dessus ! |
En effet, depuis au moins 2020 la mairie s’évertue à déverser des tonnes de rochers là où la présence des personnes exilées à la rue gêne. Les enrochements, outil privilégié des autorités empêchent l’installation de tout campement, afin de servir la politique de “zéro point de fixation” mais aussi d’entraver le soutien des associations. Cela a pour conséquence directe d’empêcher les personnes exilées d’avoir accès à des services nécessaires (eau, nourriture, bois de chauffage, charge des téléphones, etc.). Une logique de harcèlement qui a été mise en place dans le but d’éloigner et d’invisibiliser les personnes qui survivent à la rue dans le centre-ville. |
Rappelons-le, ne pas laisser les personnes précaires s’installer au cœur de la ville c’est une volonté politique d’effacer leur présence de l’espace public et d’essayer de faire oublier la détresse et l’indignité dans laquelle elles survivent. Mais c’est aussi un choix de les écarter d’accès plus faciles aux commerces, aux lieux de rencontre et par conséquent de précariser encore plus leurs conditions de vie. |
On souhaite documenter cette histoire des enrochements et en garder une trace en ce qu’elle révèle les dynamiques de racisme, de harcèlement et de répression que subissent les personnes migrantes bloquées à cette frontière franco-britannique mais aussi garder en mémoire les tentatives de résistances qui ont pu émerger face à ce dispositif. |
L’opacité autour de cette pratique est énorme, que ce soit pour savoir qui sont les fournisseurs, comme pour savoir combien ça coûte. On sait qu’au moins une partie de ces rochers sont fournis par les carrières de Marquise. Le coût n’a été communiqué que pour 2 enrochements – les plus médiatisés, où la presse locale et les élu-es d’opposition ont demandé des comptes. Nous avons recensé une douzaine d’autres enrochements pour lequel le prix est resté secret. Au vue des 2 cas connus, on peut estimer que cela a coûté plusieurs centaines de milliers d’euros d’argent public en 6 ans. |
– Le 17/12/20, les premiers enrochements dont on trouve trace dans nos archives ou dans les médias ont été posés près du Fort Nieulay par la mairie sur demande de l’état pour empêcher les distributions des assos non mandatées par l’état. |
– Le 31/03/21, juste après l’expulsion du camp installé autour de l’ancien Conforama à Coquelles, toute la zone protégée par une sorte de préau a été enrochée pour empêcher les personnes expulsées de se réinstaller. |
– En septembre 2021, une action pour déplacer les rochers a eu lieu près de la voie cyclable derrière le Auchan Coquelles, les enrochements bloquaient l’accès aux campements et empêchaient les véhicules associatifs de se garer. |
– Le 17/03/22, une “cérémonie des barbelés Award” au cinéma l’Alhambra organisée par les assos locales dénonçait les pires dispositifs anti-personnes exilées à Calais. |
– Début août 2022, une pose de rochers est faite près du BCMO (salle de danse place de Norvège), pour entraver les distributions alimentaires qui avaient lieu à cet endroit depuis plusieurs mois. Un arrêté anti-distribution avait vu le jour pour l’occasion. |
– En septembre 2022, sur trois jours, Quai du Danube et Quai de la Meuse la mairie a déversé pas moins de 600 rochers, dont le poids s’élève à 800 tonnes pour un montant de 45 000€, le long des rails et sur les zones herbeuses. Le but : empêcher la réinstallation des tentes suite à une expulsion. Des soutiens sont venu.es protester avec des banderoles et des grafs ont fleuri sur les rochers. |
– Du 6 au 9 décembre 2022, des enrochements sont réalisés rue des Huttes pour “éviter le squat des exilés” titre la presse locale. |
– Dès le mois de janvier 2023 la mairie organise des enrochements rue de Judée pour bloquer l’accès des associations de distribution, en même temps qu’un vol d’une cuve d’eau pour les exilé-es. |
– Le 01 mars 2023, une pose de 250 tonnes de rochers pour la modique somme de 70 000 € quai de Gironde et sous le pont Mollien précarise toujours plus les personnes survivant sur la zone. Une carte des enrochements dans la ville est disponible ici. |
– En réaction, le 8 mars 2023, une soixantaine de personnes se sont réunies pour protester contre cette politique d’enrochement en proposant un pique-nique contre les rochers. Une banderole “Calais coeur de pierre” a été déployée. Spontanément des solidaires ont dégagé le passage vers l’unique banc de la place et quelques rochers de petites tailles ont été renvoyés à l’expéditeur, en haut des marches de la mairie, bien protégée par la BAC ! |
– Le 10 avril 2023 une chorale militante a chanté sur les rochers du centre-ville et a profité de l’occasion pour en déplacer et libérer des espaces. |
– Pendant l’été 2023 une action anti-rocher a vu naître une œuvre d’art quai de Gironde, les rochers se sont mystérieusement déplacés pour écrire “ACAB”. Il est resté plusieurs années et visible via image satellite |
– Le 19/08/2024 des rochers ont été déversés rue du petit courghain pour bloquer les accès du parking de BMX où se garaient des véhicules associatifs. |
– Le 29/10/2024 des rochers sont déversés Quai du Danube, sur le parterre d’herbe longeant la voie ferrée où une centaine de personnes survivaient. Des solidaires ont déployé une banderole en centre-ville pour alerter sur les dérives de la mairesse. |
– Le 12/11/24, d’énormes blocs de pierres ont été déversés derrière l’hôtel de ville quai Andrieux et sous le pont Mollien. Une commande de 3200 tonnes. C’est véritablement un champ de rochers qui a pris place juste en face d’un collège. |
– Le 11/01/25 une manifestation a dénoncé les politiques répressives et meurtrières à la frontière franco-britannique et des actions anti-rochers ont eu lieu dans la foulée. Profitant de l’élan collectif un groupe de personnes a déplacé des rochers Quai de Gironde, libérant ainsi des espaces. Quelques jours plus tard, Quai Andrieux, des collages sur les rochers sont apparus, portant les noms des personnes décédées à la frontière en 2024. |
– Ironie du sort, en avril 2025, la ville a du faire empiler les rochers qu’elles avaient installés Quai Andrieux, car ils bloquaient l’accès pour des travaux d’extension du réseau de chauffage urbain. Un changement temporaire, vous vous en doutez, aussitôt rétabli une fois le chantier terminé. |
– En juillet 2025, après avoir expulsé 500 caravanes de gens du voyage installées sur le parking du stade BMX, la mairie a de nouveau sortie sa carte favorite contre la présence de celleux qu’elle juge indésirable dans sa commune : enrochement, bien sûr, tout autour du parking et tant qu’à faire le blocage de l’accès à une cuve d’eau qui avaient été installée pour des personnes exilé-es. |
– En février 2026, les campements de la zone “hospital”, une des plus habitée suite à l’expulsion du squat orange en septembre 2025, ont été massivement expulsés et une partie des lieux complètement saccagés par les autorités : les tractopelles déboisant tout sur leur passage et laissant de grands fossés et 1600 tonnes de rochers ! |
– Le 03/02/2026, une chorale a interrompu le conseil municipal en chantant une chanson contre les cailloux et l’entêtement de bouchart, cette dernière loin de prendre en considération les états d’âme du bas peuple a coupé la retransmission de la séance tout en demandeant à la mumu d’évacuer les militant.e.s. |
À Calais, pour empêcher l’installation de tentes des personnes migrantes et obstruer le soutien des associations, la mairie a dépensé en 6 ans des centaines de milliers d’euros pour poser des milliers de tonnes de rochers dans l’espace public. Cela n’a jamais stoppé la présence des personnes exilées à Calais, qui attendent de pouvoir passer la frontière, mais a sans aucun doute contribué à la détérioration de leurs conditions de vie. |
La maire Natacha Bouchart, malgré l’énorme opacité sur le coût de ces enrochements, assume totalement cette pratique et ne cesse de répéter qu’elle n’a “pas le choix”. |
Et si on dézoome un peu, ces rochers à plusieurs centaines de milliers d’euros ne sont qu’un seul dispositif anti-pauvres parmis tant d’autres, tous plus cruels et coûteux les uns que les autres : barbelés, grillages, caméras de surveillance, fossés, déboisements… Autant d’autres sujets que nous comptons creuser dans de prochains articles. |
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