Depuis 1944, le 21 février était en France une référence antifasciste, puisque ce jour-là les 23 résistants du groupe Manouchian avaient été fusillés au mont Valérien par les nazis. Mais, le 21 février 2026, c'est l'extrême droite qui était à l'honneur, avec ses manifestations autorisées par les préfectures et protégées par les forces de l'ordre à la mémoire de Quentin Deranque, un militant nationaliste, suprémaciste, catho intégriste et antisémite notoire. ---- Quelques jours auparavant, l'Assemblée nationale avait déjà observé une minute de silence en sa mémoire. Un choix qu'elle n'a jamais fait pour des victimes de crimes racistes (hormis Aboubakar Cissé, tué dans une mosquée du Gard en 2025): ces personnes-là n'ont droit qu'à des... années de silence dans l'indifférence générale. Elle ne l'a pas fait non plus pour le rugbyman Federico Martin Aramburu, tué à Paris en 2022 par d'ex-membres du GUD.
Le 12 février, Deranque et d'autres activistes identitaires épaulaient le collectif «fémonationaliste» Nemesis, venu perturber une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. C'est à l'initiative de ce SO qu'une rixe avec des «antifas» a eu lieu non loin de l'institut, entraînant la mort de Deranque deux jours plus tard.
Ce fait divers a aussitôt été instrumentalisé, et on a vu nombre de médias et de responsables politiques, allant du RN à la «gauche démocratique», promouvoir (en l'adaptant selon leur clientèle) la version qu'en donnait l'extrême droite: un gentil étudiant aurait été victime d'un guet-apens tendu par de méchants «ultragauche». Focaliser l'attention médiatique sur «le martyr Quentin» permet de passer au second plan les lois budgétaires antisociales imposées à coups de 49.3 par un gouvernement d'«extrême centre», ou les ramifications françaises de l'«affaire Epstein» impliquant des personnalités de premier plan. Enfin et surtout, nous sommes à la veille des municipales, avec une présidentielle à l'horizon, et des «antifas» visés après la mort de Deranque ont une certaine proximité avec... La France insoumise.
L'occasion était trop belle pour que les adversaires de ce parti ne la saisissent pas afin de le marginaliser encore davantage - Mélenchon ayant déjà été accusé d'antisémitisme pour avoir dénoncé le génocide commis en Palestine par l'État d'Israël. Oubliés, les crimes racistes, les agressions de militant-e-s («antifas», d'extrême gauche ou libertaires), les violences homophobes ou transphobes, etc., pratiqués par les groupes d'extrême droite: une «union sacrée» s'est aussitôt formée pour criminaliser LFI. Pas question d'attendre les résultats de l'enquête sur le décès de Deranque ou le verdict d'une «justice» que les membres de cette union disent pourtant vénérer. Ainsi se poursuit la reconfiguration du champ politique français et du discours médiatique sur l'extrême droite - après la participation de Bardella aux réunions du Medef à l'été 2025, puis l'adoption par le Parlement d'un projet de loi RN en octobre.
Nous avons des divergences avec LFI, parti républicain et nationaliste qui prône une «révolution citoyenne» et qui, partageant les préoccupations électoralistes des autres formations, a contesté son récent classement à l'extrême gauche par le gouvernement et observé la minute de silence pour Deranque. Nous avons également des divergences avec certains groupes «antifas» sur la définition du «fascisme» ou sur leur choix d'appeler à voter pour sauver la «démocratie» en «faisant barrage» à l'extrême droite (voir nos textes......). Mais nous savons que la chasse aux sorcières en cours contre LFI et la criminalisation des «antifas» ont en fait pour objectif (comme les violences policières contre les jeunes des cités, les émeutiers des ex-colonies ou les manifestants-e-s des mobilisations sociales et environnementales) d'enterrer toute contestation sociale. Et nous sommes solidaires de tous ceux et celles qui subissent la censure, la répression policière ou judiciaire et la violence de l'État, du patronat et des «fachos».
Nous pensons que, dans des villes comme Lyon où l'extrême droite quadrille les quartiers et attaque des militant-e-s et leurs locaux, il est important de nous organiser pour riposter. Cependant l'autodéfense populaire que nous recherchons n'est pas l'affaire de «spécialistes» de la violence ou d'appendices d'organisations politiques ou syndicales: ce ne sont pas des SO qui empêcheront l'avènement de l'extrême droite. C'est sur nos lieux d'activité ou de vie que nous devons nous auto-organiser collectivement pour résister à l'extrême droite ainsi qu'aux tenants de l'ordre établi. C'est dans le cadre des luttes sociales que pourra se généraliser la riposte non pas antifasciste, mais anticapitaliste contre la bourgeoisie, et que l'on pourra se débarrasser de la bête immonde, qui n'est qu'un des visages de la barbarie capitaliste.
OCL - 23 février 26
http://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4647
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Link: (en) France, OCL: Que crèvent la bête immonde et la barbarie capitaliste! (ca, de, fr, it, pt, tr)[machine translation]
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