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woensdag 17 juni 2026

WORLD WORLDWIDE EUROPE BELGIUM BRUSSELS - Getting the Voice Out - Récit d’une explusion collective sur vol militaire vers la RDC.

 

Récit d’une explusion collective sur vol militaire vers la RDC

“Même si tu cries, ça change rien. C’est là qu’on te serre encore plus fort.”

[TW violences policières] 

Le 21 avril 2026 dernier, un vol militaire vraisemblablement organisé par l’État belge, et en coopération avec Chypre, la  Slovénie, la Roumanie, la Suisse et la France, décollait de l’aéroport militaire de Melsbroek (Steenokkerzeel) pour expulser une cinquantaine de personnes vers la République Démocratique du Congo.

L’une des personnes qui était sur ce vol nous raconte le déroulé de cette expulsion. Il a été déporté en RDC alors qu’il vivait depuis 15 ans en Belgique. Il était détenu au centre fermé de Merksplas lorsqu’il a reçu le ticket lui annonçant le vol.

“Samedi on nous a pris à partir de 20h au centre fermé de Merksplas. On nous a amenés au cachot. On est restés là jusqu’au dimanche. On nous a retiré le téléphone. J’étais dans une toute petite pièce, avec juste la toilette.

Si tu as besoin de quelque chose, tu appuies sur la sonnette. Il vient et vous vous parlez comme ça, à travers la porte. C’est une prison.

Dimanche matin je suis allé me laver. Puis on a quitté Merksplas. L’autre qui était avec moi il n’a pas pu se laver.

On a pris la route.

Arrivés là-bas, on est restés dans le véhicule. Les surveillants sont descendus le temps de donner les documents au centre. Et là on est sortis un par un.

Arrivé à mon tour, on est allés dans une pièce à côté. Arrivés à la pièce à côté, on nous a dit “Maintenant, là c’est les vêtements que tu dois porter le jour du voyage”. Je devais choisir mes vêtements pour le vol. Le reste de mes affaires, ils sont partis avec.

Ils m’ont dit de me déshabiller et m’ont fouillé, complètement à poil. Ils ont passé un appareil sur tout mon corps. Les bras, les jambes. Ils ont dit “ouvrez la bouche, soulevez la langue”. Comme si j’avais tué quelqu’un.

Comme j’étais déshabillé, ils m’ont donné leurs vêtements à eux, un survet’, un slip, un pantalon, des chaussettes, des babouches. Comme un pyjama.

J’étais tout seul dans la chambre où ils m’ont mis. Le téléphone était déjà parti depuis le samedi. Je suis coupé du monde.

À un moment ils m’ont dit : “L’avocate, tu peux appeler à tout moment, mais la famille tu appelles une seule fois”. Depuis le samedi 20h, j’avais pas de nouvelles de ma famille. J’ai appelé ma femme. On a eu que 5 minutes. Comme c’était le dimanche, je n’ai pas pu appeler l’avocate.

C’était un vol spécial, un vol militaire.

Le mardi j’étais à la fenêtre, j’ai vu le bus, et tout. 40 policiers sont sortis du bus.

On nous prenait un par un. On te fait la fouille, encore. Je dis : “Je suis sous surveillance, on avait plus rien, plus droit à rien. Vous allez fouiller quoi ?”

On te met un gilet comme un gilet par-balles, tes deux bras fermés, ça te sert dans le corps. Les deux bras sur les hanches. C’est comme une poche. Tu peux plus bouger, rien. Les bras sont fermés.

On te ramène dans le bus, chacun avec deux policiers.

On nous a rien donné. Comme si on partait à la boucherie. On nous disait “Restez calmes, ça va bien se passer”.

Quand je suis parti du 127bis, j’ai entendu les cris des gens. Mais même si tu cries, ça change rien. C’est là qu’on te serre encore plus fort.

Il y a des gens qui disaient “j’ai mal, j’ai mal”, ils s’en foutaient : “On te laisse crier tant que tu veux. Même si tu cries, tu vas faire quoi ? On va te menotter.

Y a plusieurs personnes qui voulaient pas monter dans l’avion. On les a pris les deux pieds en l’air. 5 policiers. On te soulève. On te porte jusqu’à la place où tu dois t’asseoir, tu ne peux plus bouger.

On devait être 50 personnes déportées. On a pris de la France, de la Suisse, de Chypre, des Pays-Bas. Tout le monde s’est retrouvé en Belgique.C’est la Belgique qui avait organisé le vol, sûr et certain. Y avait un agent de l’Office des étrangers qui était là. Y avait aussi des militaires dans l’avion.

Quand l’avion a pris de l’altitude, on a commencé à enlever le gilet. Tu as des policiers à côté de toi, tu peux pas te déplacer.

Après on est arrivés. Les policiers sont restés dans l’avion. Le service d’immigration sont venus me prendre. On nous a mis dans un bus, on est allés dans un bureau, on nous a identifiés un par un. On nous a rendu à l’autorité du Congo.

On devait donner une adresse, là où on allait habiter. Il y a des gens ils avaient rien, plus de famille. On a rempli les formalités. Un ami a dû signer une décharge pour que je sois libéré.

C’est comme si on te jetait dans le désert. Tu es perdu dans les méandres. Je sais même pas par où commencer.

On cherche à vous minimiser. On vous met à poil.

Il n’ont même pas tenu compte de mon bilan de santé.

Je leur ai dit : “À très bientôt”.

La semaine précédant ce vol, on apprenait par la presse que la ministre belge de la migration Anneleen Van Bossuyt était en visite en RDC dans le cadre d’une « mission de dissuasion ». Elle n’a pas manqué de vanter la « bonne coopération » entre les deux États : « Je suis déterminée à reprendre le contrôle des flux migratoires de la Belgique. On met en place la politique d’asile et de migration la plus stricte de son histoire avec moins d’arrivées, davantage de retours et aucune tolérance pour les abus», déclarait-elle.  

Ses arguments se fondent sur le fait que le taux de reconnaissance de l’asile est inférieur à 15% pour les personnes originaires de la RDC. Elle parle d’une « explosion » de demandes d’asile de personnes congolaises – les chiffres ont en effet doublé, mais cela concerne 2500 personnes en 2025. 2500 personnes, c’est 0,021% de la population belge. Le recours à un vocabulaire qui fait peur (en parlant d’« explosion » par exemple) ne fait que justifier et servir une politique d’extrême droite raciste, classiste et coloniale. En plus, on sait que les arguments économiques ne tiennent pas la route. On sait que leur ignoble dispositif répressif et sécuritaire leur coûte bien plus cher que ce que cela coûterait (et à termes, rapporterait) d’accueillir décemment les personnes.

Van Bossuyt rappelle cependant que les personnes respectant les règles de demandes de séjour sont « les bienvenues pour visiter notre pays ». Un vernis d’hospitalité qui laisse sans voix.

Ce même Monsieur tenait à ajouter d’autres de ses réflexions et interrogations concernant l’opacité et l’injustice des procédures préalables aux expulsions. On vous les livre ici : 

“Avant tout, je tiens à dénoncer le vice de procédure qui règne en Belgique sur les circonstances d’identification des Congolais dans le cadre de cette procédure d’expulsion qui se fait avec injustice, mépris et méchanceté, bafouant toutes les lois internationales de la migration et de l’éloignement du territoire. 

Depuis plusieurs mois passés en centre fermé en Belgique, j’ai constaté que les autres détenus se rendaient à l’ambassade de la nationalité dont ils se déclaraient pour se faire identifier avant l’octroi du tenant lieu, si celui-ci est reconnu comme sujet de ce pays. Malheureusement pour les Congolais, aucun expulsé ne vous dira qu’il a été conduit à l’ambassade à cette fin.

Alors, je me pose tant des questions :

Sur base de quoi ont-ils pu identifier des personnes qui n’ont pas de passeport congolais ? Puisque parmis nous, il y a eu des gens qui se réclamaient être Angolais…

Pourquoi ce deux poids deux mesures dans la procédure ?

Pourquoi tant de mépris au peuple d’un pays que la Belgique considère comme pays ami et dont elle convoite le sous-sol depuis des siècles ? 

Lors de son récent voyage en RDC, la ministre belge de la migration a parlé d’une nouvelle collaboration avec le Service des Migrations congolais, ce qui a soulevé de nouvelles questions pour moi :

Est-ce que ce service a connaissance de la vie ou l’identification des Congolais de la diaspora ?

Si ce n’est pas le cas, ça démontre un manque de respect de la Belgique qui entâche de honte les autorités de ce service avec des petits subsides afin de monnayer leur confiance. Bande de cupides.

Pourquoi ne pas laisser cette responsabilité l’ambassade, qui est le service compétent ?”

Honte à la Belgique et ses agissements coloniaux. Soutien aux personnes violemment déportées.Solidarité avec toustes les enfermées. 

À BAS L’ÉTAT ET SES FRONTIÈRES

STOP DEPORTATIONS

LIBERTÉ DE CIRCULATION ET D’INSTALLATION POUR TOUSTES

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