Dérèglement climatique, désertion politique et droits humains
La vague de chaleur qui a frappé la Belgique et une grande partie de l'Europe ces derniers jours laissera des traces. Changements contraints de nos habitudes pour tenter de gérer la chaleur, inégalités criantes dans les conditions de vie pour y faire face, hôpitaux et services d'urgences saturés après quelques jours, pompes funèbres sous tension, cette période avait comme des relents de crise sanitaire de Covid-19. Cet épisode nous rappelle cruellement deux évidences. La première, c'est le lien entre dérèglement climatique et droits humains, en particulier, les droits à la vie, à la santé ou au logement. Or protéger les droits humains relève des obligations des autorités publiques. La seconde, c'est qu'il ne s'agit ni d'une surprise, ni d'un épisode isolé. Depuis plusieurs années, les rapports se succèdent, du GIEC au Centre (belge) d’analyse des risques du changement climatique, pour alerter sur les conséquences dramatiques du dérèglement climatique. Face à ces deux évidences, le silence des autorités publiques est assourdissant. Les rares communications des derniers jours sur le sujet sont tour à tour risibles (le sms de BE-Alert qui rappelle de boire de l'eau), affligeantes (le ministre de la Défense qui invite à "Profiter du beau temps") ou inquiétantes. Dans cette dernière catégorie, la communication du 23 juin du Centre de crise national qui appelait à la solidarité : "Ensemble, soyons solidaires, et prenons soin des autres !" Un appel lunaire qui dépolitise le problème en le replaçant sur le terrain des comportements individuels et qui apparaît surtout comme un terrible aveu d'impuissance. Dans une chronique récente, Marius Gilbert relevait l'impréparation de la Belgique, soulignant que "nous ne sommes pas beaucoup plus préparés, même si c’est à une autre échelle de temps et d’impact, que nous ne l’étions pour faire face à la pandémie." L'affaire Klimaatzaak avait pourtant sonné comme une piqure de rappel : en 2023, la cour d'appel de Bruxelles avait condamné l'État fédéral, les régions flamande et bruxelloise pour leur politique climatique défaillante et avait ordonné une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre (moins 55 % d’ici 2030 et neutralité carbone en 2050). On n'en prend pourtant pas du tout la direction. A côté des États, il est nécessaire que les entreprises modifient leur trajectoire et adoptent des plans de transition compatibles avec les objectifs contenus dans l'Accord de Paris sur le climat. C'est ce que vient de rappeler le tribunal judiciaire de Paris en condamnant TotalEnergies à revoir son plan de vigilance pour le mois de janvier 2027. Le tribunal a estimé que le géant fossile devait également réduire les émissions liées à l’utilisation de ses produits (dites "de scope 3"), émissions dix fois plus élevées que celles dont TotalEnergies s’estime aujourd’hui responsable. Il s'agit d'une avancée majeure qui aura des répercussions sur le procès intenté en Belgique par la Ligue et ses partenaires contre TotalEnergies dans l'affaire du Farmer case. La prochaine étape se passe le 8 septembre devant la Cour d'appel de Mons. D'ici là, bel été.
Pierre-Arnaud Perrouty Directeur de la LDH |
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